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Les patrons de Molex sont-ils vraiment des voyous?

29 Oct 2010 08:25 | Nouveautes d'entreprises

La polémique enfle autour de Molex. L'entreprise qui vient d'annoncer des bénéfices pharamineux refuse de solder le plan social de son site français. Elle pourrait avoir ses raisons. Explications.

Il se passe quoi chez Molex ?

En octobre 2008, alors que la crise bat son plein, le groupe américain Molex, qui emploie quelque 30.000 personnes dans le monde, annonce sa décision de fermer son site français de Villemur-sur-Tarn. Malgré les pertes réalisées cette année là, les salariés jugent la fermeture du site injustifiée et tentent de tout faire pour sauver leur entreprise. Un an plus tard, ils capitulent et entérinent le plan social. Mais en septembre 2010 alors qu'une grande partie du plan social a déjà été mise en oeuvre, une cinquantaine d'entres-eux contestent la validité de leur licenciement pour motif économique devant le conseil des prud'hommes, espérant ainsi engranger des indemnités supplémentaires. La direction décide alors de suspendre le financement du plan. 19 employés qui avaient été licenciés après les autres, en raison de leur statut de salariés protégés, sont privés de leurs indemnités. Syndicats et politiques, au premier rang desquels Christian Estrosi, montent au créneau, et dénoncent l'attitude scandaleuse de la direction. La polémique prend encore de l'ampleur quand Molex annonce avoir fait des bénéfices pharamineux qu'il compte distribuer en grande partie à ses actionnaires...

Est-ce légal ?

"Juridiquement cela ne fait aucun doute, Molex est tenu par les termes du plan social", estime Katell Deniel-Allioux, associée chez Salans. Dans ces conditions alors, pourquoi s'obstiner? En réalité, la direction de Molex, qui a déjà financé 90 du plan (30 millions d'euros), ne veut pas avoir à payer plus dans le cas ou la justice ferait droit à la demande de ses anciens salariés. « Les 188 plaintes devant les prud'hommes changent la donne: (...) le coût total pourrait passer de 100.000 à plus de 200.000 euros par salarié, autrement dit plus de dix années de salaire dans certains cas. C'est aberrant! Quelle entreprise pourrait assumer de tels montants?" expliquait-elle récemment dans un entretien aux Echos. En soi, l'argument n'est pas dénué de sens. "La direction a fait d'importantes concessions en négociant le plan social qui représente 5 ans de salaire pour chaque employé", estime Me Katell Deniel-Allioux L'indemnité accordée à l'Etat pour compenser l'impact du départ de l'entreprise sur le tissu industriel local pèse aussi sur les comptes de l'entreprise. Cette dernière est en effet beaucoup plus lourde que le minimum légal : près de 20 millions, contre un minimum prévu par la loi de 580.000 d'euros (deux SMIC pour chaque salarié du site). Pour la direction, la possibilité de revoir ce plan en justice a donc été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. "Pendant un an, la direction s'est battue avec les représentants du personnel et les représentants syndicaux pour finalement parvenir à un terrain d'entente. Mais après ça le gouvernement lui déclare qu'il est tout à fait normal que ses anciens salariés puissent aller devant le juge contester un plan qui a déjà passé les garde-fous de l'administration. Sans prendre partie, l'attitude de cette entreprise n'est pas complètement illégitime», estime Me Katell Deniel-Allioux.

Qu'est-ce que le gouvernement a à voir avec cette affaire ?

Pas grand-chose en fait. Il s'agit d'une entreprise américaine sur laquelle les pouvoirs publics n'ont pas d'emprise, si ce n'est pas la voie judiciaire en condamnant Molex sur le terrain du droit social. Le Ministre de l'Industrie a déjà décidé de demander au liquidateur de procéder à un recours en responsabilité pour que Molex règle le solde du plan social. Il s'est par ailleurs engagé à verser aux salariés lésés les sommes dues par leur ancien employeur. Mais mercredi, à l'annonce des bénéfices de l'entreprise, Christian Estrosi a décidé d'aller plus loin. Il a demandé aux deux constructeurs français -PSA et Renault- de cesser toute activité commerciale avec Molex.

Le boycott de Molex va-t-il servir à quelque chose ?

Probablement pas. Il n'est pas du tout sûr que les deux entreprises se conforment au souhait du ministre de l'Industrie par pur patriotisme. L'Etat n'en est pas l'actionnaire majoritaire - il détient 15% de Renault et 3% de Peugeot - et n'a donc pas le pouvoir de les obliger à quoi que ce soit. Or les deux constructeurs n'ont pas forcément intérêt à pratiquer le boycott. Souvent engagés sur de longue période avec leurs équipementiers, PSA et Renault seraient obligés de résilier leurs contrats, ce qui couterait cher en pénalités. D'ailleurs, la réaction des deux groupes français à l'annonce du ministre de l'industrie était pour le moins mitigée. Chez PSA, "On est très attentif au respect des lois sociales en France par nos fournisseurs et attentif à ce qu'ils tiennent leurs engagements vis à vis de leurs salariés", a déclaré une porte-parole de PSA Peugeot Citroën à l'AFP. Avant d'ajouter plus nuancée "Arrêter de travailler du jour au lendemain avec eux nécessiterait des investissements très lourds et un certain délai". "Renault n'a aucune activité significative en direct avec Molex", a indiqué de son côté une porte-parole du groupe. De fait, PSA et Renault ne travaillent pas directement avec Molex, sous-traitant de certains de leurs fournisseurs. Voilà qui devrait définitivement rendre caduque l'initiative du ministre de l'industrie.

Que faire alors ?

En réalité, il n'y a pas grand-chose à faire. Les salariés seront probablement payés par l'entreprise après décision judiciaire, et l'affaire sera close. Certes le PS regrette que rien ne soit mis en oeuvre pour empêcher les patrons de se comporter comme des voyous envers leurs salariés. Il rappelle même avoir proposé "des mesures précises pour protéger les salariés des licenciements abusifs (...) : l'augmentation du coût des licenciements économiques dans les entreprises florissantes et le remboursement préalable des aides publiques perçues au cours des cinq dernières années". Mais il y a peu de chance que le gouvernement accepte de renforcer un droit du travail déjà jugé trop rigide. Même les gesticulations de Christian Estrosi ne devraient rien y changer...


La source:  L'Expansion

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